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Wednesday, November 23, 2016

Une brève histoire du nucléaire civil


A la veille du débat national sur la transition énergétique, je vous propose de replacer certaines questions d'actualité dans une perspective historique. Pour commencer : l'énergie nucléaire.


Les débuts : l’ambiguïté militaire-civil


Les premières applications de l’énergie nucléaire sont militaires. Les premiers réacteurs sont conçus par General Electric et Westinghouse pour la propulsion de sous-marins. Sur la base de cette expérience, les deux entreprises développent un réacteur civil, respectivement a eau bouillante (Boiling Water Reactor ou BWR) et a eau pressurisé (Pressurized Water Reactor ou PWR) et mettent en place des stratégies commerciales agressives : prix bas anticipant des économies d’échelle, coût au kWh garanti et inférieur a toutes les autres sources d’énergie… Avant même que la première centrale soit opérationnelle, on promet une électricité si peu onéreuse que les compteurs deviendront inutiles ("too cheap to meter" selon l'expression de Lewis L. Strauss en 1954). Dès sa naissance, le nucléaire a cheminé en compagnie des firmes de relations publiques et de lobbying...

Malgré cet enthousiasme, la première centrale nucléaire reliée à un réseau électrique est russe, il s’agit de la centrale d’Obninsk en URSS en 1954 (5MW). La première centrale américaine, celle de Shippingport, produira en 1957.

Energie et développement - Shippingport première centrale nucléaire américaine
La première centrale nucléaire des États-Unis : Shippingport
A la même époque, la France et le Royaume-Uni cherchent à fabriquer leurs premières armes nucléaires mais se heurtent à un embargo américain sur les livraisons de matière fissible. C’est partiellement pour cette raison qu’ils développent leurs propres filières civiles.
En France le premier réacteur est construit à Marcoule en 1956. Il s’agit d’un réacteur a uranium naturel modéré au graphite et refroidi au gaz carbonique (UNGG) d’une puissance de 7MW. En 1958, une usine de traitement du combustible est ouverte sur le même site et en 1960 la première arme atomique française est testée avec succès.

Le Royaume Uni a suivi un parcourt similaire avec la centrale de Calder Hall (1956), tout comme Israël avec la centrale Dimona (1963) et l’Inde et le Pakistan avec des réacteurs canadiens Candu.


De l’euphorie a la crise


Les années 60 et 70 voient s’opposer les différentes filières du nucléaire civil. En France, le développement de l’UNGG est maintenu pour des raisons politiques malgré des difficultés techniques, mais il est écarté en 1969 après le départ de De Gaulle au profit du PWR américain. En contrepartie le CEA développe des surgénérateurs (Rapsodie en 1959, Phénix en 1968 et Superphénix en 1976).

Suite au premier choc pétrolier, le programme nucléaire français est accéléré, en moyenne 6 réacteurs sont mis en chantier par an ! C’est l’époque du "nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées".
Mais cette euphorie est de courte durée : les chocs pétroliers entraînent aussi un ralentissement de la croissance et rendent obsolètes les prévisions de consommation. Les programmes nucléaires sont presque partout revus à la baisse.
Energie et développement - Historique de la mise en service de nouvelles centrales nucléaire
Puissance nucléaire mise en service par année : à partir des années 80, l'expansion fait place à la stagnation
De plus, le nucléaire se heurte a une série de problèmes techniques et économiques et à la réticence des opinions publiques. Aux États-Unis, l’accident de Three Miles Island en 1979 entraine l’annulation de cinquante commandes, plus aucun réacteur n’a été construit depuis.
En 1986, l’accident de Tchernobyl achève de convaincre les opinions publiques de la dangerosité de l’énergie nucléaire, d'autant que le recyclage ou le stockage des déchets et le démantèlement des installations ne sont toujours pas maîtrisés.

Certains pays renoncent à leur programme nucléaire (Espagne, Belgique…), voire anticipent l’arrêt des centrales existantes. C'est le cas évidemment de l'Allemagne à partir de 2000 mais aussi de la Suède, de l'Italie, etc. La France occupe une place originale : son programme nucléaire, nettement surdimensionné, alimente une partie de l’Europe pourtant la construction de nouveaux réacteur n’a jamais totalement cessé. La dernière mise en service date de 2002, il s'agit de la centrale de Civeaux (REP 2 x 1495MW).


Vers une relance ?


Même avant l'accident de Fukushima, le contexte semblait peu favorable à une relance du nucléaire, très lourd en investissements alors que la crise et les politiques de dérégulation favorisent les énergies rapidement rentables comme le charbon ou le gaz. Pourtant la menace croissante du changement climatique et la recherche de l’indépendance énergétique font parfois apparaître le nucléaire comme une énergie d’avenir.

En Europe, en 2002, un producteur privé finlandais, LVO, a lancé un appel d’offre international pour la construction d’une centrale. Le choix s’est porté sur l’European Pressurized Reactor. Un réacteur d’une puissance supérieure a 1500MW conçu par le consortium Areva-Siemens dans les années 80 à partir des expériences française et allemande. Il est intéressant de noter que l'EPR finlandais répond à un besoin très spécifique : les actionnaires de LVO sont fabricants de pâte à papier et ont une consommation d'énergie élevées, continues et quasiment constantes.
Aux États-Unis, la relance du nucléaire a été inscrite dans le plan Bush de 2001 et des initiatives ont été prises dans ce sens. Cette politique a été continuée par le président Obama et au début de l'année 2012 la première autorisation de construction depuis 26 ans a été délivrée à Southern Nuclear pour deux réacteurs Toshiba AP1000 en Georgie. La Grande Bretagne souhaite elle aussi construire de nouveaux réacteurs à Hinkley Point.

Energie et développement - Centrale nucléaire de Daya Bay en Chine
La centrale nucléaire de Daya Bay près de Shenzhen (Chine),
symbole des nouveaux marchés du nucléaire civil
Mais les réelles perspectives sont désormais ailleurs : en Europe de l’est avec l’entrée dans l’UE de pays dont les installations nucléaires sont à rénover ou a remplacer, et surtout dans les pays émergents qui continuent et accélèrent leurs programmes nucléaires (Brésil, Inde, Chine…). Pour les pays industrialisés et la France en particulier, le nucléaire est désormais vu avant tout comme un produit d'exportation.


Publié le 18 octobre 2012 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 7 mars 2016




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Tuesday, November 22, 2016

Captage et séquestration du carbone bonne idée ou bonne excuse


Et si lutter contre le changement climatique était finalement simple ? Les deux tiers des émissions de carbone viennent de l'industrie ou du secteur énergétique, donc d'installations relativement centralisées. Il suffirait de capturer le dioxyde de carbone à la sortie des cheminées puis de le stocker dans un endroit sûr...
Science fiction ? A priori non, les technologies pour capter et stocker le carbone (CSC) existent. Alors cette perspective est-elle réaliste ?

Des technologies qui doivent changer d'ordre de grandeur


On sait certes capter le dioxyde de carbone dans les grandes installations industrielles mais l'état actuel des technologies ne permet pas d'en faire une solution au changement climatique. Pour au moins deux raisons :
  • D'abord, la capture du carbone entraîne une baisse du rendement de l'installation et un surcoût difficilement acceptables en l'état. Selon Zero emission platform, la capture du carbone fait baisser le rendement d'une centrale électrique de 6 à 11 points (c'est-à-dire qu'il passe, par exemple, de 45% à un chiffre compris entre 34 et 39%). Résultat : pour produire la même quantité d'énergie, il faut brûler plus de 10 à 25% plus de combustible et le coût de l'énergie finale augmente fortement. 
  • Ensuite, et c'est certainement une conséquence du point précédent, le captage du carbone est pratiqué aujourd'hui à une échelle insignifiante. Chaque année, nous émettons environ 40 milliards de tonnes de CO2. Pour que la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère se stabilise, il faudrait diviser ce chiffre par 3. Or à l'heure actuelle il n'existe qu'une poignée d'installations pratiquant la capture et la séquestration du carbone (Sleipern, Weyburn, In Salah, Snøhvit...) et leur capacité est typiquement de l'ordre de 1 à 2 millions de tonnes par an. On est encore très loin du compte...

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Wednesday, November 9, 2016

Le prix du low cost article invité


Il y a quelque jours, j'ai lu par hasard un article intéressant intitulé "The high cost of low price" sur le blog d'Elliott Ruzicka. Avec son aimable permission je vous le propose ici traduit en français :

Il y a 100 ans, les habitants de New York pouvaient trouver sur leurs étals des oranges, des bananes, des ananas et d’autres fruits exotiques qu'il était impossible de cultiver à proximité. Au XVIIIe siècle, l’aristocratie britannique se fournissait déjà en sucre des Indes Occidentales. A cette époque où la mondialisation connaissait ses premiers balbutiements, il n'était pas rare qu'un produit parcoure la moitié du globe pour témoigner de la gloire de l’Empire et son industrie… mais cela avait un prix. Car, oui, transporter un objet par-delà les océans coûte de l’argent.

Pourtant aujourd’hui nous profitons de produits venus des quatre coins du monde sans même nous en apercevoir. Je peux aller dans un magasin chercher de quoi préparer mon repas du soir et rentrer chez moi avec des souvenirs de cinq pays différents. Les prix sont bas et l'offre omniprésente. Que s’est-il passé ?

C’est d'autant plus surprenant que certains de ces articles sont aussi produits localement mais coûtent plus cher que leur version importée. En partant du principe que la qualité est la même, comment expliquer que le coût du transport ne tire pas vers le haut les prix des produits importés ?

La réponse est simple : un prix ne ne s’exprime pas uniquement de façon monétaire. Comment les Grandes Pyramides, la Muraille de Chine ou les chemins de fer transcontinentaux ont-ils pu être construits sans mettre en faillite les États ? Facile : ces projets ont été nourris de sacrifices humains jusqu’à ce qu’ils soient achevés. La mort et les souffrances peuvent fort bien remplacer l'argent. De la même façon, le coût du transport des produits importés est souvent compensé par l'exploitation de travailleurs étrangers, qui peinent pour un salaire et dans des conditions qui ne seraient pas acceptables localement.

Pour certains, il ne s’agit que d’une question d’offre et de demande. Ces travailleurs acceptent librement un contrat parce que la demande d’emploi est élevée. Le philosophe John Rawls pourrait leur répondre qu’accepter librement un contrat ne suffit pas à le rendre équitable et juste. Car, dit-il, les deux parties n’ont pas nécessairement la même liberté d’accepter ou non l’échange et la même connaissance du marché - un peu comme un enfant qui accepterait d’échanger ses timbres avec un adulte opportuniste.

Quand nous achetons un produit local, nous sommes nombreux à nous étonner de son prix élevé par rapport aux produits importés low-cost auxquels nous sommes habitués. Mais en réalité même si le coût monétaire de ces produits est bas, nous payons un prix bien plus élevé en nourrissant des injustices. En choisissant de les acheter alors que des alternatives existent, nous apportons notre soutien à la façon dont il ont été fabriqués. C’est peut-être désagréable à entendre mais un produit responsable nous coûtera toujours un peu plus d’argent, nous devrions l’accepter et même le revendiquer : bâtir une société plus juste a un prix.

 * * *

Ces articles peuvent aussi vous intéresser :
  • Combien coûte un panda ? Comprendre la valeur économique de l'environnement.
  • Un concept clé de l'économie du développement durable : les externalités 
  • "Nourrir la planète" : quelques réflexions sur le sujet de l'exposition universelle de Milan 2015

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Tuesday, November 1, 2016

Attendez vous à en entendre parler la faillite de Peabody Energy et lavenir du charbon


"Ses mineurs,
ses actionnaires,
le Wyoming, l'Illinois et le Queensland,
le lobby du charbon
et tous ses amis

ont la douleur de vous faire part du décès de

Peabody Energy

Survenu le 14 avril 2016
au terme d'une longue maladie.

Ni fleurs, ni couronnes."


La chute d'un symbole


Le 15 mars, Peabody Energy n'a pas pu trouver les 71 millions de dollars d’intérêts qu'il devait verser à ses créanciers. Le charbonnier américain dispose maintenant d'un délai de grâce de 30 jours pour honorer ses engagements après quoi il sera officiellement en défaut de paiement.
Sauf coup de théâtre l'entreprise devrait donc se déclarer en banqueroute avant mi-avril et réclamer la protection de la loi américaine sur les faillites.

Ce serait l'aboutissement d'une longue descente aux enfers : il y a 5 ans, les actions de Peabody s'échangeait à plus de 1000$, début 2013 elles valaient encore 300$, 100$ en 2015... et autour de 2.5$ aujourd'hui.
L'entreprise croule sous les dettes : près de 6 milliards de dollars, plus de 100 fois sa valeur en bourse... Et elle a encore perdu 2 milliards l'année dernière.

Peabody Energy, le premier producteur de charbon aux Etats-Unis, est au bord du défaut de paiement et de la failliteCette chute est d'autant plus remarquable que Peabody Energy n'est pas n'importe quel charbonnier. Créée en 1883, c'est, ou c'était, le plus grand producteur de charbon privé de la planète et le leader du secteur aux États-Unis.

Peabody est aussi un des pilier du lobby pro-charbon (et par extension anti-climat) à Washington. Malgré ses difficultés, l'entreprise a encore dépensé plus de 2 millions de dollars l'année dernière pour influencer ou soutenir des dizaines d'initiatives parlementaires. Ses lobbyistes ont été omniprésents sur tous les sujets en lien avec le climat, la pollution de l'air ou le "charbon propre".
En 2014, Peabody s'était même lancé dans une campagne mondiale en faveur du charbon sous le nom d'Advanced energy for life.


Le charbon est-il en train de rejoindre les livres d'histoire ?


Les ennuis de Peabody Energy sont loin d'être isolés : 49 charbonniers américains ont fait faillite depuis de 2012. Le dernier en date, Arch Coal, qui s'est déclaré en banqueroute début janvier était le n°2 du secteur aux États-Unis après Peabody.
En Chine, qui est de loin le premier producteur et le premier consommateur, la production de charbon thermique (celui qui est utilisé pour produire de l'énergie contrairement au charbon métallurgique) s'est effondré de 6% depuis le début de l'année. Une restructuration à haut risque s'annonce avec la fermeture de 1000 mines en 2016 et le licenciement de centaines de milliers de mineurs.
En Inde, troisième consommateur après la Chine et les États-Unis, des mines sont contraintes de se mettre à l'arrêt faute de pouvoir écouler leurs stocks. L'équivalent d'un sixième de la production annuelle attend déjà sur le carreau des mines ou dans les centrales.
Même chez nos voisins allemands où la consommation de charbon reste élevée, les opérateurs de mines et de centrales, notamment Eon et RWE, sont à peine en meilleure forme que leurs confrères américains. Les dernières mines de houilles vont d'ailleurs être fermées dans les 2 années qui viennent et une "sortie du charbon" s'ébauche.

Alors est-ce la fin du charbon ? Probablement pas : malgré la crise qu'il traverse, nous ne sommes pas prêt à nous en passer.

Même si on en entend rarement parler, le charbon représente encore un quart de l'énergie consommée sur la planète et surtout il reste d'assez loin la première source d'électricité : 39% contre 22% pour le gaz.
De plus, la plupart des centrales à charbon sont récentes : la moitié environ ont moins de 20 ans alors que leur durée de vie est dépasse 40 ans. Il est donc peu probable que le charbon recule significativement avant au moins deux décennies.

Age des centrales thermiques à charbon dans le monde : la moitié de la capacité à moins de 20 ans
Age des centrales à charbon dans le monde (source : AIE, 2012)

 Le chapitre final de l'histoire du charbon reste encore largement à écrire, une seule certitude : il ne ressemblera pas à l'avenir mirifique que les publicistes de Peabody imaginaient il y a encore quelques mois...


Publié le 21 mars 2016 par Thibault Laconde


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Friday, October 14, 2016

Quand les resistances sociales sont trop fortes leffondrement de la colonie viking du Groenland


Pour ce deuxième article dans ma série d'été consacrée aux variations du climat et à ses effets dans l'histoire, je vais vous parler du Groenland et plus spécifiquement de la colonie viking qui y a prospéré à partir de l'an mille avant de disparaitre brusquement au XVe siècle.


Le mythe climatique du Groenland et la réalité



Mais avant d'aller plus loin, anticipons sur les commentaires à venir : au café du commerce, le Groenland occupe un place importante dans les débat sur le changement climatique... Si vous discutez avec un climatosceptique, il vous dira sans doute à un moment ou à un autre que Groenland signifie "pays vert", un nom donné par les vikings, et que c'est bien la preuve que le climat était plus chaud à l'époque qu'il l'est actuellement et que donc il n'y a vraiment aucune raison de s'inquiéter.

Commençons par faire la part de la réalité et du mythe dans ces affirmations. Une chose est certaine : aucun homme n'a jamais vu le Groenland couvert de prairies, les glaciers qui le recouvrent actuellement sont âgés de 400 à 800.000 ans. Il est possible ce nom ait été choisi pour attirer plus facilement des colons (c'est en tout cas ce que raconte la Saga d'Erik le Rouge), ou bien tout simplement que l'étymologie ne soit pas aussi simple que ça...

Reste que le Groenland s'est effectivement réchauffé autour de l'an mille. La planète connaît alors pendant 2 à 3 siècle un petit réchauffement par rapport aux périodes froides qui ont précédés et suivis, c'est ce que l'on appelle l'optimum médiéval. Cette période chaude s'explique par une activité solaire plus importante, peu d'éruptions volcaniques (qui ont tendance à refroidir le climat) et des paramètres orbitaux légèrement plus favorables. Pendant l'optimum médiéval, la température moyenne de la planète est grosso-modo la même que celle qu'ont connu nos grands parents au milieu du XXe siècle.
Mais cette moyenne cache des variations locales : le réchauffement a été sensiblement plus important dans l'Atlantique Nord où la température moyenne était sans doute comparable à celle que nous connaissons actuellement (Mann et al., 2009).

Pendant l'optimum médiéval, le Groenland a donc bénéficié de conditions plus favorables que pendant la période précédente mais pas très différentes de celles que vous pouvez y rencontrer si vous vous y rendez aujourd'huis.


Colonisation par les viking et disparition


C'est dans ces conditions qu'Erik le Rouge, donc, débarque au Groenland en 986 avec la ferme intention de coloniser ce territoire. Il vient d'Islande où a sévit une terrible famine, ce qui l'aide sans doute dans ses projets. Et c'est un succès : l'implantation principale se développe jusqu'à compter 200 fermes et une douzaine d'églises. Un évêque y est même nommé en 1126 - preuve qu'il ne s'agit pas seulement d'une colonie isolée mais d'une vraie ville reconnue comme telle jusqu'à Rome. Une autre implantation à 500 kilomètres au nord-ouest connaît un succès plus modeste avec 90 fermes et 4 églises. La population viking sur l'île atteint plusieurs milliers d'habitants, jusqu'à 6000 selon McGovern. C'est peu ? C'est presque autant qu'aujourd'hui : la population d'origine européenne de l'île avoisine 7000 personnes.

Leif Erikson (fils d'Erik le Rouge) découvre l'Amérique du Nord
(tableau de Christian Krogh en 1893)
Et puis la success story s'arrête : la colonie nord est abandonnée vers 1350, celle du sud disparaît à son tour environ un siècle plus tard.
Cette disparition a longtemps intrigué les historiens : si tous s'entendent pour reconnaître le rôle joué par le refroidissement du climat (Dugmore et al., 2007), il ne semble pas pouvoir expliquer à lui seul l'effondrement des colonies viking au Groenland. Et pour cause : l'île a d'autres habitants, les inuits, qui eux sont restés sur place et ont survécu jusqu'à nos jours !


Quand une société échoue à s'adapter


Alors pourquoi les viking disparaissent-ils lorsque le climat se refroidit mais pas les inuits ? Pour répondre à cette énigme, Thomas McGovern (1980) avance une explication intéressante que je vous propose ici : la disparition des colonies viking au Groenland ne serait pas du à une impossibilité technique de s'adapter mais au conservatisme de la société.

Pour comprendre cette théorie, il vous faut renoncer à ce que vos livres d'histoire vous ont appris : les viking, avant d'être des marins et des pillards, étaient des agriculteurs. Leur économie reposait essentiellement sur l'élevage de bovins et d'ovins. Les sédiments lacustres du Groenland confirment cette hypothèse : à partir de l'an mille, la quantité de pollen d'herbacés augmente au détriment des arbres de grande taille, on retrouve également plus de spores de champignons parasites des racines et de champignons coprophiles (Gauthier et al., 2010). Qu'est-ce que ce charabia signifie ? Que les arbres sont abattus et laissent place à des prairies, que les sols sont retournés et que des troupeaux d'herbivores prospèrent...
Malgré la proximité de la mer, la pêche joue un rôle marginal dans l'alimentation des viking : près de 80% de leur nourriture est d'origine terrestre (Arneborg et al. 1999).

Malheureusement, l'essor de l'élevage ne résiste pas au refroidissement du climat : les dépôts sédimentaires montre une nette inversion de la tendance à partir de 1320.
Le Groenland ne devient pas invivable pour autant : la pêche ou la chasse au phoque aurait pu fournir largement de quoi subsister. A ce moment, les viking auraient donc pu s'adapter et survivre en adoptant un mode de vie proche de celui des inuits. Mais voilà, la société viking était très hiérarchisée et inégalitaire et la possession de têtes de bétail était un marqueur important du pouvoir. Pour cette raison, les viking se sont obstinés à vivre à proximité des pâturages, même si ces zones devenaient hostiles, et à élever du bétail, même si, sous leurs yeux,  les inuits s'en sortaient manifestement mieux en vivant de la pêche et de la chasse.
Par ailleurs, une société très inégalitaire signifie que les élites ont les moyens d'échapper, au moins en partie, au sort de la population. Les "décideurs" vikings disposaient des meilleures terres et consommaient une large part des biens importés depuis l'Europe, grâce à ces conditions favorable ils n'ont peut-être tout simplement pas compris ce qui était en train de se passer, ou se sont cru protégés.


La morale de l'histoire 


L'adaptation au changement climatique n'est pas, et de loin, une simple question technique : à la fin de l'optimum médiéval, les viking ont disparu du Groenland alors qu'à quelques kilomètres d'eux les inuits disposaient qu'un modèle économique qui leur a permis de survivre jusqu'à nos jours. Mais adopter ce modèle aurait sans doute remis trop gravement en cause le fonctionnement de leur société et la position de leurs élites.
Alors que nous abordons une variation du climat bien plus importante et généralisée, ne sommes nous pas un peu dans la même situation ?

Cet article fait partie d'une série consacrée aux conséquences des changements climatiques passés pour les sociétés qui les ont subi. Déjà parus :
  • Quelques degrés de plus, opportunité ou menace (pour l'homme préhistorique)
  • Climat et politique : comment la mousson défaisait les dynasties chinoises




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Friday, October 7, 2016

Fiche de lecture La Fabrique du mensonge de Stéphane Foucart


fiche de lecture : la fabrique du mensonge de Stéphane Foucart
Il m'arrive parfois, pas très souvent, de refermer un livre en me disant qu'il est important. Cela ne signifie pas qu'il est parfait, plutôt qu'il est utile. "La Fabrique du mensonge" de Stéphane Foucart fait partie de ceux-ci dans le sens où sa lecture devrait, à mon avis, trouver sa place dans la formation de toute personne qui se destine à une carrière scientifique.
En bref, que nous dit-il ? Que des intérêts économiques utilisent la science à leur avantage contre l'intérêt général, jusque là rien de bien nouveau, mais surtout qu'en l'instrumentalisant ainsi ils sapent dangereusement l'institution scientifique au risque de réduire sa capacité à faire progresser nos sociétés.


"Maintenir la controverse vivante"


En 1953, alors que les journaux américains commencent à se faire l'écho d'études sur les liens entre tabac et cancer du poumon, les responsables des cigarettiers se réunissent en secret pour élaborer une contre-attaque. Elle sera efficace : il faudra 10 ans au régulateur américain pour reconnaître la dangerosité du tabac. S'agit-il d'un simple raté d’une administration sanitaire encore récente ? Non, le même scénario se répète, en pire, trente ans plus tard : il s'écoulera près de vingt ans entre la découverte des effets du tabagisme passif et les premières interdiction de fumer dans les lieux publics !
Les industriels du tabac ne sont évidemment pas étrangers à ces retards dont les conséquences se chiffrent en milliers de vies perdues... et en milliards de cigarettes vendues, mais comment sont-ils parvenus à de tels résultats ? Il est désormais possible de la savoir puisque les cigarettiers ont accepté en 1998 de communiquer l'ensemble de leurs archives pour clore les poursuites engagées par 46 Etats américains, les stratégies et le détail de leur mise en œuvre sont accessibles à qui se donne la peine de chercher.

Il en ressort que, bien sur il y eut une bataille de lobbying et de communication, mais surtout, en sous-main, une instrumentalisation de la science. Et plutôt que de tenter de contredire les études qui les mettaient en cause (et dont ils ont eu assez vite la conviction qu'elles étaient valides), les industriels se sont employés à "maintenir la controverse ouverte".
Quel est l'effet des facteurs environnementaux, comme la pollution, sur les cancers du poumon ? De l'hérédité et des facteurs génétiques ? De l'amélioration des diagnostic et de l'allongement de la durée de vie ?  Les projets de recherches soutenus directement ou en sous-main par l'argent du tabac remplissent des dizaines de pages. Ils s’intéressent souvent à des sujets sérieux et, dans de nombreux cas, ils ont abouti des résultats réellement  utiles à la santé publique, mais ils ont surtout permis aux "big tobacco" de mettre en ordre la science comme il l'entendait, permettant le développement de telle branche, retardant telles autres et fixant la frontière entre le certain et le douteux. Les industriels ont appris à définir les contours de l'ignorance, évidemment à leur avantage.
La stratégie est simple : "produire du doute" (la formule figure telle-quelle dans un mémo de 1969), puis laisser les communiquants affirmer qu'il n'existe pas encore de certitude scientifique. S'il se trouve des chercheurs pour affirmer le contraire, c'est très bien : cela fera de bons débats télévisés qui, c'est une règle du genre, placeront les deux camps sur un pied d'égalité même si l'un représente le consensus scientifique et l'autre des intérêts privés. Il suffira ensuite de compter sur l'inertie du régulateur et des politiques, trop content de pouvoir invoquer l'absence de certitudes pour de prendre des mesures contraignantes.


Le scientifique comme outil de relations publiques


La recherche se trouve ainsi mobilisés, et éventuellement financé, non par pour les résultats qu'on en espère mais pour l'effet qu'elle produit sur les décideurs et l'opinion publique. Car, comme le dit très justement Stéphane Foucart, aux yeux du public, la communication autour de la science est la science.
Son livre propose de nombreux exemples édifiants de ce travail. Ainsi, par exemple, ARISE (Associates for research into the science of enjoyment), créature des cigarettiers dont l'objectif est de faire basculer leur produit dans la catégorie des "petits plaisirs" au coté du carré de chocolat et du verre de vin, plutôt que dans les drogues dures vers lesquels il penchait dangereusement. Au final : un vrai triomphe ! Sur près de 850 articles de presse traitant d'ARISE, plus de 500 évoquent une possibilité que les mesures de lutte contre la tabagisme soient contre-productives pour la santé publique.
Un autre exemple remarquable, l'appel de Heidelberg préparé par les industriels de l'amiante à la veille du sommet de Rio en 1992, montre que cette méthode peut même façonner durablement la façon dont des pans entiers de la science sont perçus.

Car les cigarettiers ne sont plus les seuls à recourir à la manipulation de la science et des scientifiques.  Même si ces cas sont beaucoup moins bien documentés, les débats autour du changement climatique, de l'amiante, des OGM, des perturbateurs endocriniens ou des pesticides ont été et sont aujourd'hui encore façonnés de la même façon. Finalement, c'est l'institution scientifique dans son ensemble qui est abîmée, apparaissant comme incapable de produire une consensus et de créer l'action... Paradoxal alors que nous vivons dans une époque plus technologique que jamais !

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Monday, September 19, 2016

Fiche de lecture Lindustrie du mensonge relations publiques lobbying et démocratie de John Stauber et Sheldon Rampton


Energie et developpement - l'industrie du mensonge - relations publiques, lobbying et démocratie de Rampton et Stauber
Nul ne s'étonne plus aujourd'hui de voir un député européen exercer comme avocat auprès des industries qu'il est sensé réglementer, une rapide recherche internet montre que le terme de lobbying a largement perdu sa connotation négative pour devenir synonyme de persuasion efficace, les techniques qui étaient réservées aux grandes industries toxiques se sont "démocratisées" et institutionnalisées.
C'est peu dire qu'entre la publication de ce livre, en 1995 aux États-Unis, et sa réédition française en 2012, "l'industrie du mensonge" qu'il décrit a conquis ce coté-ci de l'Atlantique - cette édition est d'ailleurs complétée par de nombreux exemples européens. S'il ne fallait qu'une raison de se plonger dans le livre de John Stauber et Sheldon Rampton celle-ci devrait suffire.

Naissance et envol des lobbys

Les auteurs font remonter les origines de l'industrie aux bateleurs du XIXe siècle dont le bagou et surtout la naïveté de leurs contemporains assuraient les revenus. Dans les années 1830, la multiplication des journaux populaires à bas prix fait naitre la publicité déguisée, puis les premiers attachés de presse, chargés de placer des articles pour leurs commanditaires. Les maitres mots de l'époque : "bouteilles, blondes et bakchich".
Vers la fin du siècle cependant, les entreprises se rendent comptent qu'il ne suffit pas de faire parler de soi, il faut contrôler l'opinion, se construire une image... Les pionniers s'appellent Ivy Lee, qui a eu la rude tache de rendre sympathique les "barons voleurs", George Creel, chargé de vendre la l'entrée dans la Grande Guerre aux américains, ou Edward Bernays, neveu de Freud et inventeur de la "fabrication du consentement".
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Saturday, September 3, 2016

2016 Le salon du camping car


















Je suis arrivé au salon un mardi vers 10H30 : 4 caisses dont 2 seulement étaient ouvertes ; une des caisses était dédiée aux paiements 50% soit 100% des visiteurs ; résultats : une file d'attente importante et un caissier inoccupé !
On ne peut pas dire que le responsable de l'organisation ait une démarche orientée client.

Que retenir de ce salon ?


Les campings cars

Pas de révolution en vue. L'évolution vient des porteurs à la norme Euro 6 (j'ai l'intention de faire un article sur ce sujet épineux). Retenez que pour le moment, FIAT qui équipe la plupart des campings cars,  a adopté la technique la plus polluante : merci !
Les campings cars poids lourds n'ayant pas eu le succès escompté (malgré le nombre très important de campings cars en surcharge), on trouve une pléthore d'offres dans les moins de 7m. Je n'ai cependant pas aperçu le mouton à 5 pattes.
Les prix ne baissent pas et la qualité stagne.
Une bonne nouvelle : le nombre de modèles avec châssis Alko est en nette augmentation. Je rappelle que ce châssis n'est adaptable que sur les porteurs FIAT ou CITROEN (pour le moment). La revue "Le Monde du Camping car", spécial salon, indique les modèles avec châssis Alko.

Pour les fourgons, comme d'habitude, à longueur égale, on retrouve le plus souvent le même plan sur les 3/4 des véhicules (à croire qu'ils sortent de la même usine). Sortent du lot : le Bel Ami (Font Vendôme), le Néovan (Camperêve) et les modèles de l'Allemand La Strada (aux prix stratosphériques).


Les accessoires

Je suis toujours étonné du peu d'exposants pour les accessoires alors qu'au salon nautique il y a un hall complet où on peut même acheter des produits !
Peu de nouveautés, mais j'ai quand même été intéressé par :
- EZA élargit sa gamme de batteries lithium et vend un convertisseur 1500W
- DOMETIC commercialise un lanterneau Fantastic Vent 7350 qui reprend et améliore ce que Fiamma commercialise depuis quelques années avec son Turbo vent prémium (à mon avis, à installer puis tester avant de songer à installer une climatisation)
- SIKA très réputé dans la marine, sans doutes pour des raisons marketing, crée une gamme spéciale camping car ; le Sikaflex-512 Caravan fait la même chose que le Sikaflex 292 ou 295
- WAECO (groupe Dometic) commercialise un booster/chargeur (tension de sortie 14,2V) qui s'installe entre l'alternateur et la batterie de service. Une solution intéressante d'autant qu'il existe des modèles 20A et 40A (Perfectcharge DC40). Cette technique va sans doutes s'imposer à cause des nouveaux alternateurs à économie d'énergie.
- MATTCHEM très présent dans le milieu nautique présente ses nombreux produits d'entretien pour le camping car, tous bio









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