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Friday, November 4, 2016

Fiche de lecture Leffondrement de la civilisation occidentale de Erik Conway et Naomi Oreskes


"L'effondrement de la civilisation occidentale" - Erik M. Conway, Naomi Oreskes
Le changement climatique nous mène droit à une catastrophe sans précédent, nous le savons, nous avons les moyens de réagir, et nous ne faisons rien ou si peu. Lorsqu'il est écrit au présent, ce constat est déjà connu, banal même, au point qu'il devient difficile de s'en alarmer sans passer pour un vieux radoteur de mauvais augure.

Alors pourquoi ne pas tenter de l'écrire au passé ? C'est l'expérience que tentent Erik Conway et Naomi Oreskes, déjà auteurs des Marchands de doutes, dans L'effondrement de la civilisation occidentale publié ces jours-ci.




Récit d'une catastrophe qui aurait dû être évitée


Le postulat de départ est simple : notre époque n'est pas parvenue à prendre la mesure du danger que représente le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter.
Au milieu du XXIe siècle, les effets de ce dérèglement sont devenus massifs entrainant une panique mondiale et le recours à la géo-ingénierie. Malgré de premiers résultats encourageants, cette solution a dû être rapidement abandonnée à cause d'effets secondaires incontrôlables. Les températures ont rebondit, puis se sont emballées avec le dégel du permafrost, et la hausse a atteint 11°C. En 2073, les calottes polaires nord et sud se sont effondrées faisant monter le niveau de la mer de 7 mètres.
Ce "grand effondrement" a emporté avec lui la plupart des gouvernements : 1.5 milliards de personnes ont été contraintes de migrer vers l'intérieur des terre, les épidémies ont ravagé la population et le taux d'extinction a atteint 70%. Ce n'est qu'au tournant du XXIIe siècle, avec la dissémination de végétaux  absorbant rapidement le dioxyde de carbone et l'arrivée opportune d'un minimum solaire, que les survivants ont pu commencer à reconstruire.

Le pire s'est réalisé, donc, et le narrateur, un historien de la fin du XXIVe siècle, tente de comprendre comment.

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Friday, October 7, 2016

Fiche de lecture La Fabrique du mensonge de Stéphane Foucart


fiche de lecture : la fabrique du mensonge de Stéphane Foucart
Il m'arrive parfois, pas très souvent, de refermer un livre en me disant qu'il est important. Cela ne signifie pas qu'il est parfait, plutôt qu'il est utile. "La Fabrique du mensonge" de Stéphane Foucart fait partie de ceux-ci dans le sens où sa lecture devrait, à mon avis, trouver sa place dans la formation de toute personne qui se destine à une carrière scientifique.
En bref, que nous dit-il ? Que des intérêts économiques utilisent la science à leur avantage contre l'intérêt général, jusque là rien de bien nouveau, mais surtout qu'en l'instrumentalisant ainsi ils sapent dangereusement l'institution scientifique au risque de réduire sa capacité à faire progresser nos sociétés.


"Maintenir la controverse vivante"


En 1953, alors que les journaux américains commencent à se faire l'écho d'études sur les liens entre tabac et cancer du poumon, les responsables des cigarettiers se réunissent en secret pour élaborer une contre-attaque. Elle sera efficace : il faudra 10 ans au régulateur américain pour reconnaître la dangerosité du tabac. S'agit-il d'un simple raté d’une administration sanitaire encore récente ? Non, le même scénario se répète, en pire, trente ans plus tard : il s'écoulera près de vingt ans entre la découverte des effets du tabagisme passif et les premières interdiction de fumer dans les lieux publics !
Les industriels du tabac ne sont évidemment pas étrangers à ces retards dont les conséquences se chiffrent en milliers de vies perdues... et en milliards de cigarettes vendues, mais comment sont-ils parvenus à de tels résultats ? Il est désormais possible de la savoir puisque les cigarettiers ont accepté en 1998 de communiquer l'ensemble de leurs archives pour clore les poursuites engagées par 46 Etats américains, les stratégies et le détail de leur mise en œuvre sont accessibles à qui se donne la peine de chercher.

Il en ressort que, bien sur il y eut une bataille de lobbying et de communication, mais surtout, en sous-main, une instrumentalisation de la science. Et plutôt que de tenter de contredire les études qui les mettaient en cause (et dont ils ont eu assez vite la conviction qu'elles étaient valides), les industriels se sont employés à "maintenir la controverse ouverte".
Quel est l'effet des facteurs environnementaux, comme la pollution, sur les cancers du poumon ? De l'hérédité et des facteurs génétiques ? De l'amélioration des diagnostic et de l'allongement de la durée de vie ?  Les projets de recherches soutenus directement ou en sous-main par l'argent du tabac remplissent des dizaines de pages. Ils s’intéressent souvent à des sujets sérieux et, dans de nombreux cas, ils ont abouti des résultats réellement  utiles à la santé publique, mais ils ont surtout permis aux "big tobacco" de mettre en ordre la science comme il l'entendait, permettant le développement de telle branche, retardant telles autres et fixant la frontière entre le certain et le douteux. Les industriels ont appris à définir les contours de l'ignorance, évidemment à leur avantage.
La stratégie est simple : "produire du doute" (la formule figure telle-quelle dans un mémo de 1969), puis laisser les communiquants affirmer qu'il n'existe pas encore de certitude scientifique. S'il se trouve des chercheurs pour affirmer le contraire, c'est très bien : cela fera de bons débats télévisés qui, c'est une règle du genre, placeront les deux camps sur un pied d'égalité même si l'un représente le consensus scientifique et l'autre des intérêts privés. Il suffira ensuite de compter sur l'inertie du régulateur et des politiques, trop content de pouvoir invoquer l'absence de certitudes pour de prendre des mesures contraignantes.


Le scientifique comme outil de relations publiques


La recherche se trouve ainsi mobilisés, et éventuellement financé, non par pour les résultats qu'on en espère mais pour l'effet qu'elle produit sur les décideurs et l'opinion publique. Car, comme le dit très justement Stéphane Foucart, aux yeux du public, la communication autour de la science est la science.
Son livre propose de nombreux exemples édifiants de ce travail. Ainsi, par exemple, ARISE (Associates for research into the science of enjoyment), créature des cigarettiers dont l'objectif est de faire basculer leur produit dans la catégorie des "petits plaisirs" au coté du carré de chocolat et du verre de vin, plutôt que dans les drogues dures vers lesquels il penchait dangereusement. Au final : un vrai triomphe ! Sur près de 850 articles de presse traitant d'ARISE, plus de 500 évoquent une possibilité que les mesures de lutte contre la tabagisme soient contre-productives pour la santé publique.
Un autre exemple remarquable, l'appel de Heidelberg préparé par les industriels de l'amiante à la veille du sommet de Rio en 1992, montre que cette méthode peut même façonner durablement la façon dont des pans entiers de la science sont perçus.

Car les cigarettiers ne sont plus les seuls à recourir à la manipulation de la science et des scientifiques.  Même si ces cas sont beaucoup moins bien documentés, les débats autour du changement climatique, de l'amiante, des OGM, des perturbateurs endocriniens ou des pesticides ont été et sont aujourd'hui encore façonnés de la même façon. Finalement, c'est l'institution scientifique dans son ensemble qui est abîmée, apparaissant comme incapable de produire une consensus et de créer l'action... Paradoxal alors que nous vivons dans une époque plus technologique que jamais !

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Monday, September 19, 2016

Fiche de lecture Lindustrie du mensonge relations publiques lobbying et démocratie de John Stauber et Sheldon Rampton


Energie et developpement - l'industrie du mensonge - relations publiques, lobbying et démocratie de Rampton et Stauber
Nul ne s'étonne plus aujourd'hui de voir un député européen exercer comme avocat auprès des industries qu'il est sensé réglementer, une rapide recherche internet montre que le terme de lobbying a largement perdu sa connotation négative pour devenir synonyme de persuasion efficace, les techniques qui étaient réservées aux grandes industries toxiques se sont "démocratisées" et institutionnalisées.
C'est peu dire qu'entre la publication de ce livre, en 1995 aux États-Unis, et sa réédition française en 2012, "l'industrie du mensonge" qu'il décrit a conquis ce coté-ci de l'Atlantique - cette édition est d'ailleurs complétée par de nombreux exemples européens. S'il ne fallait qu'une raison de se plonger dans le livre de John Stauber et Sheldon Rampton celle-ci devrait suffire.

Naissance et envol des lobbys

Les auteurs font remonter les origines de l'industrie aux bateleurs du XIXe siècle dont le bagou et surtout la naïveté de leurs contemporains assuraient les revenus. Dans les années 1830, la multiplication des journaux populaires à bas prix fait naitre la publicité déguisée, puis les premiers attachés de presse, chargés de placer des articles pour leurs commanditaires. Les maitres mots de l'époque : "bouteilles, blondes et bakchich".
Vers la fin du siècle cependant, les entreprises se rendent comptent qu'il ne suffit pas de faire parler de soi, il faut contrôler l'opinion, se construire une image... Les pionniers s'appellent Ivy Lee, qui a eu la rude tache de rendre sympathique les "barons voleurs", George Creel, chargé de vendre la l'entrée dans la Grande Guerre aux américains, ou Edward Bernays, neveu de Freud et inventeur de la "fabrication du consentement".
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